1. L’action de la CIA : Le catalyseur de l’ombre


Le rôle de la CIA n’a pas été de mener les massacres directement, mais de les rendre possibles et systématiques.
- Listes de la mort : La CIA a fourni aux militaires indonésiens des listes contenant les noms de milliers de cadres et militants du PKI (Parti Communiste Indonésien) à « éliminer ».
- Soutien logistique et propagande : Les États-Unis ont fourni du matériel de communication, des armes et des financements. Ils ont surtout aidé à diffuser une propagande de terreur présentant les communistes comme des monstres démoniaques, justifiant ainsi leur extermination préventive.
- Manipulation politique : Ils ont profité du mystérieux « Coup du 30 septembre 1965 » (une tentative de putsch ratée par de jeunes officiers) pour accuser le PKI et installer le général Suharto au pouvoir, écartant le président fondateur Sukarno, jugé trop neutre et proche de l’URSS.
2. Le but : Un rempart contre la « Théorie des dominos »
L’objectif de Washington était simple : empêcher l’Indonésie de basculer dans le camp communiste. À l’époque, le PKI était le troisième plus grand parti communiste au monde (derrière l’URSS et la Chine). Pour la CIA, perdre l’Indonésie — un archipel géant aux ressources immenses — aurait signifié la chute de toute l’Asie du Sud-Est. Le but était d’éradiquer physiquement toute opposition de gauche pour garantir un allié docile dans la région.
3. Les gagnants économiques : La « Malle au trésor » ouverte
Le renversement de Sukarno a transformé l’Indonésie en un paradis pour les investisseurs occidentaux.
- L’ouverture du marché : Dès 1967, sous la dictature de Suharto, une conférence à Genève a littéralement « découpé » l’Indonésie entre les multinationales.
- Les bénéficiaires : Des géants comme Freeport (pour l’or et le cuivre), Mobil et Chevron (pour le pétrole), ainsi que des multinationales du caoutchouc et du bois.
- Les « Berkeley Mafia » : Des économistes indonésiens formés aux États-Unis ont mis en place des politiques néolibérales radicales, assurant le pillage des ressources naturelles par les entreprises étrangères au prix d’une corruption massive au sein du clan Suharto.
4. L’horreur des escadrons de la mort
Ce qui s’est passé entre 1965 et 1966 est l’un des massacres les plus sauvages du siècle (entre 500 000 et 1 million de morts).
- Une violence décentralisée : L’armée a recruté des milices religieuses et des gangsters locaux pour faire le « sale boulot ». Ces hommes, souvent drogués ou fanatisés, utilisaient des méthodes artisanales : décapitations au sabre, émasculations, pendaisons.
- Les rivières de sang : Les témoignages rapportent que les rivières de Java et de Bali étaient si saturées de cadavres que l’eau devenait rouge et que les habitants ne pouvaient plus manger de poisson.
- L’élimination sociale : En plus des militants, des enseignants, des artistes et même des membres de la minorité chinoise ont été visés. Les survivants ont été enfermés dans des camps de concentration pendant des décennies, marqués du sceau de « traîtres ».
Le saviez-vous ? Cette stratégie a été si « efficace » qu’elle a servi de modèle pour d’autres interventions de la CIA en Amérique latine (Chili, Brésil), où le nom de code « Jakarta » était écrit sur les murs pour terroriser les opposants.
Sources ;
« L’implication de la CIA dans le génocide indonésien de 1965 est formellement établie par les 30 000 pages d’archives déclassifiées du National Security Archive, les recherches historiques de Vincent Bevins dans The Jakarta Method, ainsi que par le Tribunal International des Peuples, qui démontrent une complicité logistique et politique dans l’extermination d’un million de civils. »

