Selon Claude Bourguignon et son épouse Lydia (fondateurs du LAMS), le processus de destruction des sols par l’agriculture intensive suit une trajectoire précise en trois étapes majeures.
Voici les trois phases du processus
1. La Dégradation Biologique (La mort de la vie)
C’est le point de départ. L’utilisation massive d’engrais chimiques (NPK) et de pesticides bouleverse l’équilibre de la faune du sol.
- Destruction des champignons : Les engrais azotés favorisent les bactéries au détriment des champignons. Or, ce sont les champignons qui fabriquent l’humus. Sans eux, la matière organique ne se transforme plus correctement.
- Effondrement de la macrofaune : Claude Bourguignon rappelle souvent qu’en 1950, on trouvait environ 2 tonnes de vers de terre par hectare. Aujourd’hui, dans de nombreuses plaines céréalières, on est descendu à moins de 100 kg.
- Le rôle du labour : Le labour profond est critiqué car il enterre la faune de surface (aérobie) qui meurt par manque d’air, et remonte la faune de profondeur (anaérobie) qui meurt au contact de l’oxygène.
2. La Dégradation Chimique (La perte du « garde-manger »)
Une fois que la vie biologique disparaît, le sol perd sa capacité à retenir les nutriments.
- Rupture du complexe argilo-humique : Normalement, l’humus (produit par la vie biologique) se lie à l’argile pour former une « colle » qui retient les minéraux. Sans humus, cette colle disparaît.
- Lessivage : Les engrais apportés ne sont plus retenus par le sol. Ils sont emportés par les pluies vers les nappes phréatiques (pollution aux nitrates) et les rivières, car le sol est devenu une « passoire chimique ».
- Carences : La plante ne reçoit plus les 20 à 30 oligo-éléments dont elle a besoin, mais seulement les 3 ou 4 éléments fournis par les engrais (N, P, K), ce qui la fragilise face aux maladies.
[Image de la structure du complexe argilo-humique]
3. La Dégradation Physique (L’érosion et la mort finale)
C’est le stade ultime où le sol perd sa structure physique et s’en va littéralement.
- Compactage : Sans les galeries des vers de terre pour aérer et drainer, le sol se tasse. L’eau ne s’infiltre plus.
- Érosion hydrique et éolienne : Puisque la « colle » (le complexe argilo-humique) n’existe plus, les particules de terre ne tiennent plus ensemble. À la moindre pluie, la terre part dans les rivières (d’où la couleur marron des fleuves en hiver).
- Désertification : Le sol finit par devenir une croûte stérile et dure (la « croûte de battance ») où plus rien ne peut pousser sans une intervention chimique et mécanique massive.
En résumé : la spirale de destruction
Claude Bourguignon résume souvent ce cycle par cette phrase : « On a tué la biologie du sol, ce qui a tué la chimie du sol, ce qui a fini par tuer la physique du sol. »
[Image du cycle de dégradation des sols selon Bourguignon]
Pour restaurer ces sols, il préconise l’arrêt du labour profond, le retour des couverts végétaux permanents et la réintroduction de la matière organique pour nourrir à nouveau les organismes vivants du sol.

